Près de 20 % des femmes enceintes souffrent de douleurs au niveau du pubis pendant leur grossesse, et pourtant, trop d'entre elles s'entendent encore répondre « c'est normal, ça passera après l'accouchement ». Derrière cette banalisation se cache parfois une douleur si intense qu'elle empêche de marcher, de dormir ou simplement de se retourner dans le lit. Or, les anti-inflammatoires classiques étant contre-indiqués pendant la grossesse, les solutions médicamenteuses restent extrêmement limitées. C'est précisément dans ce contexte que la pubalgie grossesse ostéopathie prend tout son sens, en offrant une approche manuelle, naturelle et adaptée à chaque stade de la gestation. À Vernouillet, Coralie Litzler, ostéopathe spécialisée dans l'accompagnement des femmes enceintes, reçoit régulièrement des patientes confrontées à cette problématique et les aide à retrouver un quotidien plus confortable.
La pubalgie gestationnelle, également connue sous le nom de syndrome de Lacomme — du nom du gynécologue obstétricien Maurice Lacomme qui l'a décrit en 1962 — désigne une douleur localisée au niveau de la symphyse pubienne. Cette articulation fibrocartilagineuse, qui relie les deux os iliaques sur la face antérieure du bassin, est normalement quasi immobile. Plus précisément, la symphyse pubienne est constituée de cartilage fibreux entouré d'un manchon fibreux résistant, renforcé par les fibres des muscles abdominaux et des adducteurs. C'est cette double connexion musculaire qui explique pourquoi toute contraction réflexe de ces muscles (en réponse à la douleur) aggrave mécaniquement les tensions sur l'articulation. Pendant la grossesse, la symphyse devient le siège d'une instabilité douloureuse sous l'effet des hormones.
Les douleurs apparaissent le plus souvent entre la 24e et la 36e semaine d'aménorrhée, soit entre le sixième et le neuvième mois, mais elles peuvent survenir dès la 18e semaine chez certaines femmes. Pour comprendre ce qui se passe, un chiffre suffit : hors grossesse, l'écartement de la symphyse pubienne mesure entre 4 et 5 mm. En fin de terme, cet écartement peut atteindre 10 à 11 mm. Cette ouverture est physiologique — elle prépare le passage du bébé — mais elle devient douloureuse dès lors qu'elle est asymétrique ou excessive. On distingue d'ailleurs la pubalgie gestationnelle courante d'une forme pathologique plus rare appelée diastasis de la symphyse pubienne, qui survient lorsque l'écartement dépasse 10 mm et qui ne concerne que 0,2 % des grossesses. Dans ce cas exceptionnel, une intervention chirurgicale (pose de plaque) peut être envisagée. C'est précisément pour cette raison qu'une douleur pubienne invalidante ne doit jamais être banalisée sans examen clinique.
La bonne nouvelle, c'est que le pronostic est bénin. La pubalgie disparaît spontanément après l'accouchement dans la grande majorité des cas, et elle ne présente aucun danger ni pour la mère, ni pour l'enfant. La mauvaise nouvelle, c'est que sans prise en charge, elle peut persister jusqu'au terme et devenir extrêmement handicapante. Et puisque les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont formellement contre-indiqués pendant la grossesse, l'intérêt d'une approche manuelle et naturelle comme l'ostéopathie pour femme enceinte devient évident.
À noter : Le diagnostic de pubalgie gestationnelle peut être confirmé par imagerie en cas de doute. Une radiographie de face dite « en cigogne » (avec appui sur une seule jambe) permet de visualiser un écartement ou un décalage pathologique de la symphyse. L'IRM reste l'examen de référence pour détecter un œdème osseux. Ces informations sont utiles à transmettre à votre sage-femme ou à votre entourage pour une orientation correcte vers le médecin traitant ou le gynécologue si nécessaire.
La douleur se manifeste sur la face antérieure du pubis. Les femmes la décrivent souvent comme un « gros bleu » à la palpation ou comme des « coups d'aiguille » lancinants. Elle s'aggrave à chaque pas, provoquant parfois cette démarche caractéristique « en canard » avec les pieds tournés vers l'extérieur. Monter un escalier, enjamber un obstacle, sortir d'une voiture, se retourner dans le lit : autant de gestes du quotidien qui deviennent un véritable calvaire.
La douleur peut irradier vers les adducteurs (face interne des cuisses), l'aine, le périnée, les grandes lèvres, voire les fesses. Certaines femmes ressentent une sensation de pesanteur pelvienne, comme si le bassin allait « s'ouvrir ». Des claquements audibles au niveau du bassin peuvent accompagner certains mouvements. Les douleurs sont souvent plus intenses en fin de journée et la nuit, et particulièrement vives « à froid », au lever du lit. Dans les cas les plus sévères, la marche devient tout simplement impossible, imposant un alitement.
Exemple concret : Amandine Leclerc, 34 ans, enceinte de son deuxième enfant, a commencé à ressentir une douleur vive au pubis dès la 22e semaine de grossesse. « Au départ, c'était une simple gêne en montant les escaliers de la maison. En l'espace de dix jours, je ne pouvais plus poser le pied par terre le matin sans avoir les larmes aux yeux. Me retourner dans le lit la nuit me réveillait à chaque fois. Mon aîné de trois ans voulait que je le porte, et c'était devenu impossible. » Après deux séances d'ostéopathie espacées de trois semaines, centrées sur le rééquilibrage de son bassin et le relâchement de ses adducteurs, les douleurs matinales avaient nettement diminué et la marche était redevenue supportable.
Dès le début de la grossesse, une hormone appelée relaxine est sécrétée par trois sources distinctes : les ovaires (corps jaune), le placenta et le tissu mammaire. Son rôle est fondamental : elle provoque un relâchement généralisé des ligaments pelviens et des muscles lisses, indispensable pour permettre l'ouverture progressive du bassin en vue de l'accouchement. Cette action simultanée sur les ligaments et les muscles lisses explique d'ailleurs la généralisation de l'hyperlaxité ligamentaire au-delà du seul bassin. Mais lorsque le taux de relaxine est trop élevé, ou lorsque l'équilibre entre les deux demi-bassins est asymétrique, la symphyse pubienne subit un cisaillement excessif. Elle s'enflamme.
En réaction, les muscles péri-pubiens — adducteurs, abdominaux — se contractent de manière réflexe pour tenter de stabiliser cette articulation devenue trop mobile. Paradoxalement, cette contraction protectrice aggrave encore les tiraillements sur la symphyse. Parallèlement, l'augmentation du volume utérin déplace le centre de gravité vers l'avant. Le corps compense par une hyperlordose lombaire (cambrure exagérée du bas du dos), ce qui surcharge le bassin et accentue les contraintes sur le pubis. Le déséquilibre ne se limite pas à la symphyse : il implique l'ensemble de la ceinture pelvienne, incluant les iliums, le sacrum et les articulations sacro-iliaques.
Certaines femmes sont plus exposées que d'autres. La multiparité constitue un facteur de risque majeur : à chaque grossesse suivante, la pubalgie a tendance à apparaître plus tôt et plus intensément. Les déséquilibres posturaux préexistants — une scoliose, une ancienne entorse de cheville mal résolue, une inégalité de longueur des membres inférieurs — qui étaient jusque-là compensés par le corps peuvent se décompenser brutalement sous l'effet des modifications hormonales et morphologiques de la grossesse.
La position du bébé dans l'utérus joue également un rôle : un positionnement asymétrique exerce une pression inégale sur les structures pelviennes. Au quotidien, ce sont surtout les mouvements asymétriques répétés qui entretiennent le problème. Par exemple, enfiler un pantalon debout sur une jambe, enjamber la barrière de sécurité de l'aîné, croiser les jambes en position assise. La station debout prolongée — fréquente chez les infirmières, les enseignantes ou les coiffeuses — aggrave considérablement les douleurs. Certaines activités physiques inadaptées comme la course à pied, le vélo ou le step génèrent des impacts et des appuis asymétriques qui accentuent le cisaillement du bassin.
Conseil : Une carence en potassium, calcium ou magnésium est identifiée comme facteur aggravant de la pubalgie gestationnelle. Sans se substituer à une consultation médicale, il est pertinent d'évoquer ce point avec votre médecin traitant ou votre sage-femme, en particulier si vous souffrez de crampes associées ou si votre régime alimentaire est déséquilibré pendant la grossesse. Un simple bilan sanguin permet d'objectiver ces carences et d'y remédier rapidement.
L'approche ostéopathique de la pubalgie gestationnelle repose sur un principe fondamental : le travail indirect. L'ostéopathe n'intervient jamais directement sur la symphyse pubienne enflammée. Son objectif est de rétablir l'équilibre global du bassin pour réduire les contraintes mécaniques qui s'exercent sur cette articulation fragilisée.
La séance commence par une analyse posturale globale. L'ostéopathe examine la colonne vertébrale, la cage thoracique, les hanches, les genoux, les chevilles. Une ancienne entorse de cheville avec une désaxation même minime, restée non traitée, peut suffire à générer des tensions excessives au niveau du bassin pendant la grossesse. Le travail porte ensuite sur l'équilibration des iliums et du sacrum : correction des dysfonctions des articulations sacro-iliaques, du coccyx et des articulations coxo-fémorales. L'ostéopathe procède au relâchement des tensions musculaires péri-pelviennes — adducteurs, psoas, muscle piriforme — à l'aide de techniques douces de relâchement myofascial.
La séance inclut également la vérification de l'absence de diastasis des grands droits abdominaux et l'évaluation de la tonicité du périnée par voie externe. L'ostéopathe peut aussi travailler sur les pressions exercées par le bébé sur le petit bassin, via des techniques tissulaires non invasives. Par ailleurs, l'ostéopathe peut intégrer un travail sur la sphère digestive et urinaire dans la séance, car ces systèmes sont reliés au bassin et aux lombaires par leurs attaches et leur innervation. Lorsqu'ils fonctionnent correctement, le drainage de l'inflammation locale est plus efficace, ce qui renforce l'intérêt d'une approche globale plutôt que ciblée sur le seul pubis. Pour un suivi préventif, un protocole à 4 mois, 6 mois et 8 mois de grossesse est recommandé. En cas de pubalgie déjà installée, 2 à 3 séances sont généralement nécessaires selon l'intensité des douleurs. L'essentiel est de ne pas attendre que la situation devienne ingérable pour consulter.
Conseil : Les exercices de Kegel — contraction-relâchement ciblé des muscles du plancher pelvien — pratiqués dès le 2e trimestre, améliorent la stabilité du bassin et constituent un excellent élément préventif de la pubalgie gestationnelle. Ils sont réalisables à domicile, sans matériel, et ne présentent aucune contre-indication hormis une douleur déclenchée par la contraction elle-même (à signaler sans tarder à votre ostéopathe ou à votre sage-femme). Quelques minutes par jour suffisent pour en ressentir les effets sur la stabilité pelvienne.
Au-delà des séances d'ostéopathie, des gestes simples permettent de limiter considérablement les douleurs. Voici les adaptations les plus efficaces :
Côté activité physique, privilégiez la natation douce qui supprime les contraintes gravitationnelles, le yoga prénatal guidé par un professionnel formé, et les cercles de bassin sur ballon de grossesse. En revanche, les crunchs et relevés de buste (exercices abdominaux en flexion) sont formellement déconseillés : ils augmentent les forces de cisaillement sur la symphyse pubienne. Leur substitut recommandé est l'exercice de la planche (gainage ventral statique), qui renforce les abdominaux profonds sans contrainte pubienne. Enfin, pensez à informer votre sage-femme et l'équipe médicale de votre pubalgie avant l'accouchement : cela permettra d'adapter les positions le jour J, en évitant notamment l'abduction maximale des hanches en position gynécologique classique.
La pubalgie de grossesse n'est pas une fatalité, et vous n'avez pas à « serrer les dents » en attendant l'accouchement. Au cabinet Litzler Coralie, à Vernouillet, chaque patiente bénéficie d'une prise en charge globale, bienveillante et adaptée à son stade de grossesse. L'objectif n'est pas seulement de soulager la douleur, mais de comprendre son origine mécanique pour apporter des solutions durables et personnalisées. Que vous soyez en début de grossesse et soucieuse de prévenir l'apparition de la pubalgie, ou que la douleur soit déjà installée et limite vos déplacements, n'hésitez pas à prendre rendez-vous pour retrouver confort et mobilité au quotidien.
À noter : Si la pubalgie persiste plusieurs semaines après l'accouchement, cela indique un mauvais repositionnement du bassin et justifie une consultation ostéopathique post-partum. Cette démarche vient en complément de la rééducation périnéale prescrite lors de la consultation postnatale obligatoire (entre la 6e et la 8e semaine post-partum), prise en charge à 100 % par l'Assurance Maladie. Attendre trop longtemps risque d'installer de mauvaises compensations posturales durables, pouvant entraîner des douleurs lombaires ou pelviennes chroniques bien après la grossesse.