Un bassin rigide ou déséquilibré peut constituer un véritable obstacle mécanique lors de l'accouchement, allongeant la durée du travail et augmentant le risque de recours aux forceps ou à la ventouse. Une étude menée par des ostéopathes américains révèle d'ailleurs que les patientes sans suivi ostéopathique avaient jusqu'à quatre fois plus de risques de recourir aux forceps lors de la naissance. Pourtant, des solutions concrètes existent pour agir en amont. Au cabinet de Coralie Litzler, ostéopathe à Vernouillet, l'accompagnement des femmes enceintes passe notamment par un travail ciblé sur la mobilité du bassin pour préparer le corps à l'accouchement. Cet article vous guide pas à pas, en trois étapes claires, pour comprendre les enjeux et préparer activement votre bassin avant le jour J.
Pour saisir l'importance de la mobilité du bassin dans l'accouchement, il faut d'abord comprendre ce que votre bébé doit traverser. Le bassin osseux se compose de deux os iliaques, reliés en avant par la symphyse pubienne et en arrière par le sacrum, prolongé par le coccyx. Ensemble, ces structures délimitent trois passages successifs — appelés détroits — que la tête du bébé doit franchir pour naître.
Le détroit supérieur, en forme de cœur, oblige le bébé à se positionner en diagonale pour s'y engager. Le détroit moyen, avec son diamètre bi-épineux de seulement 10 à 11 cm, constitue la zone la plus étroite. Enfin, le détroit inférieur, délimité par la symphyse pubienne, les ischions et la pointe du coccyx, représente la dernière porte de sortie.
Tout au long de ce parcours, le sacrum joue un rôle capital grâce à un double mouvement. D'abord, lors de la phase de latence (souvent la plus longue), il bascule vers l'arrière — c'est la contre-nutation. Concrètement, les ailes iliaques s'écartent et les ischions se rapprochent, ce qui agrandit le détroit supérieur et facilite l'engagement du bébé. Puis, lors de la phase d'expulsion, il bascule vers l'avant — la nutation — : la base du sacrum part vers l'avant et sa pointe vers l'arrière, les ailes iliaques se rapprochent tandis que les ischions s'écartent, agrandissant le détroit inférieur pour permettre le dégagement. Ce sont précisément ces mouvements que l'ostéopathe cherche à libérer et à restaurer lors de la séance d'ostéopathie pour femme enceinte. Si ce mouvement est bloqué par des tensions articulaires ou ligamentaires, la progression du travail peut être sérieusement compromise.
La position des fémurs influence directement l'ouverture des détroits. La rotation externe des cuisses (cuisses tournées vers l'extérieur, dite position « grenouille ») provoque un rapprochement des tubérosités ischiatiques et un écartement des ailes iliaques, ce qui agrandit le détroit supérieur et facilite l'engagement fœtal en accompagnant la contre-nutation. À l'inverse, la rotation interne des fémurs écarte les ischions et agrandit les détroits moyen et inférieur, favorisant le dégagement. Ces mouvements permettent donc de moduler activement l'ouverture des détroits en fonction de la phase du travail. Le jour J, varier consciemment la position des cuisses selon que le bébé s'engage ou se dégage constitue un levier concret — à condition de l'avoir anticipé en amont avec l'équipe obstétricale, car une péridurale dense ou un monitoring imposant l'immobilité peuvent limiter cette mobilisation.
Parallèlement, dès le deuxième trimestre, l'hormone relaxine assouplit les ligaments pelviens pour préparer le passage du bébé. La symphyse pubienne, par exemple, peut s'élargir jusqu'à 10 mm en fin de grossesse, contre 5 mm habituellement. Mais cette hyperlaxité est à double tranchant : si elle facilite l'adaptation, elle peut aussi révéler ou aggraver des blocages articulaires préexistants et provoquer des douleurs pelviennes.
Bien des femmes enceintes accumulent des tensions pelviennes sans même s'en rendre compte. La posture sédentaire prolongée, typique du travail de bureau, rigidifie les articulations sacro-iliaques et accentue la lordose lombaire. Jour après jour, ces raideurs s'installent silencieusement.
D'anciens traumatismes jouent aussi un rôle déterminant : une chute sur le coccyx survenue des années plus tôt, un accident, ou encore des cicatrices de césarienne ou d'épisiotomie issues d'un précédent accouchement peuvent créer des adhérences tissulaires qui limitent la mobilité du bassin. À cela s'ajoutent des déséquilibres musculaires fréquents — fessiers, adducteurs, abdominaux — ainsi que des tensions des ligaments ronds et utéro-sacrés, mis à rude épreuve par la croissance de l'utérus.
Ces tensions passent souvent inaperçues au quotidien. Pourtant, elles compromettent directement la capacité du bassin à s'adapter le jour de l'accouchement. Quand les ligaments utéro-sacrés sont en tension excessive, ils peuvent même engendrer plus de dix contractions par jour — un signe d'alerte qui nécessite une consultation auprès de votre sage-femme ou gynécologue.
Exemple concret — Mélanie Parmentier, 34 ans, consultante en communication, est venue au cabinet au début de son septième mois de grossesse pour des douleurs lombaires persistantes. Lors du bilan, des restrictions marquées des deux articulations sacro-iliaques ont été mises en évidence, liées à une chute sur le coccyx survenue à l'adolescence lors d'un cours de patinage. Mélanie n'avait jamais fait le lien entre cet ancien traumatisme et ses douleurs actuelles. Après deux séances d'ostéopathie espacées de trois semaines, la mobilité de son sacrum était restaurée, les douleurs avaient significativement diminué, et elle a pu aborder son accouchement dans de bien meilleures conditions mécaniques.
Lors de votre première consultation, l'ostéopathe commence par un interrogatoire approfondi. Il recense vos antécédents de traumatismes du bassin, vos accouchements précédents et la présence éventuelle de cicatrices. Cette étape est essentielle pour orienter l'examen physique qui suit.
L'évaluation repose ensuite sur des tests cliniques validés : le test de Patrick pour les douleurs sacro-iliaques, le test 4P pour les douleurs pelviennes postérieures, et le test de Gillet qui évalue le mouvement de l'os iliaque par rapport au sacrum. Ces tests permettent d'objectiver les restrictions de mobilité avant tout traitement. La palpation complète le bilan : le praticien compare la symétrie du bassin, la profondeur des sillons sacro-iliaques et la mobilité du coccyx, tout en testant la souplesse des ligaments et la tension des muscles profonds.
L'approche est globale. L'ostéopathe vérifie également la bonne mobilité de l'axe crânio-sacré, des cervicales, du diaphragme et des lombaires, car le bassin n'est pas une structure isolée mais connectée à l'ensemble du corps.
Une fois les blocages identifiés, le praticien utilise exclusivement des techniques externes et non invasives, parfaitement adaptées à la grossesse. Il procède à une mobilisation douce des articulations sacro-iliaques et de la jonction sacro-coccygienne pour restaurer les mouvements de nutation et de contre-nutation du sacrum.
Le travail porte aussi sur les ligaments ronds et utéro-sacrés, afin de redonner à l'utérus une mobilité optimale — condition indispensable pour des contractions efficaces et une dilatation harmonieuse du col. Le relâchement myofascial des muscles profonds du bassin vient compléter la prise en charge, tout comme un travail spécifique sur le diaphragme, dont la coordination avec le périnée joue un rôle clé lors des poussées. L'ostéopathe prend également systématiquement le temps d'expliquer et de montrer les étirements du périnée lors de la séance, en enseignant à la future maman comment les pratiquer seule à domicile. Cet apprentissage est un élément indispensable pour faciliter l'accouchement et prévenir les déchirures et l'épisiotomie, en complément du travail manuel réalisé en cabinet.
Les résultats parlent d'eux-mêmes : les techniques de mobilisation du bassin améliorent de 40 % la descente du bébé dans la filière pelvienne. Deux études de référence dans la littérature scientifique ostéopathique confirment ces bénéfices : l'étude contrôlée randomisée de Licciardone JC et al., publiée dans le Journal of the American Osteopathic Association (2010), et l'étude rétrospective cas-témoin de King HH et al. sur l'apport de l'ostéopathie en suivi prénatal — toutes deux rapportant une diminution significative de la durée du travail chez les femmes ayant bénéficié d'un suivi ostéopathique. Par ailleurs, un mémoire universitaire déposé sur DUMAS (CNRS), intitulé « L'ostéopathie : influence sur l'accouchement », recense dans la littérature un taux nul d'épisiotomies chez les multipares ayant bénéficié d'un suivi ostéopathique (p=0,04), en plus d'une diminution du taux d'extractions instrumentales. Ce résultat, s'il constitue un indicateur très encourageant (notamment pour les femmes ayant déjà subi une épisiotomie lors d'un précédent accouchement), doit être considéré avec prudence : il s'agit d'un mémoire et non d'un essai contrôlé randomisé multicentrique — il ne représente donc pas une garantie absolue.
???? À noter : Le suivi ostéopathique se positionne en complément du suivi obstétrical classique. En France, la Sécurité sociale rembourse à 100 % sept séances de préparation à l'accouchement avec une sage-femme. L'ostéopathie ne remplace pas ces séances : elle s'y ajoute pour travailler spécifiquement sur la mécanique du bassin. Les deux approches sont complémentaires et s'inscrivent dans un accompagnement global de la grossesse.
Pour tirer pleinement parti de l'ostéopathie, un rythme d'une séance par trimestre est généralement recommandé tout au long de la grossesse. La séance la plus stratégique se situe environ quatre semaines avant la date prévue d'accouchement, c'est-à-dire à la fin du huitième mois. Elle permet un rééquilibrage complet du bassin avant le jour J.
Pensez également à programmer une séance post-partum, idéalement entre trois et six semaines après la naissance (quel que soit le mode d'accouchement — voie basse ou césarienne), et avant le début de la rééducation périnéale. En effet, après l'expulsion, une ptôse viscérale (descente des organes abdominaux) peut survenir, entraînant des troubles du transit et une diminution de la tonicité périnéale. Si les déséquilibres du bassin ne sont pas traités, des complications durables peuvent s'installer : constipation, incontinence urinaire, prolapsus (descente d'organes), ballonnements, douleurs lors des rapports sexuels et lombalgies chroniques. La séance ostéopathique post-partum vérifie la symétrie du retour du sacrum, rééquilibre les tensions du bassin et améliore la tonicité périnéale, en amont de la rééducation périnéale. Par précaution, rappelons que l'ostéopathie ne se pratique pas avant la 12e semaine d'aménorrhée et ne se substitue jamais au suivi obstétrical classique. Après l'accouchement, il est recommandé d'attendre l'accord du médecin ou de la sage-femme avant toute prise en charge manuelle, notamment en cas de complications post-partum (hémorragie, infection, cicatrice non consolidée).
Entre les séances d'ostéopathie, vous pouvez agir activement sur votre mobilité pelvienne grâce à des exercices simples et efficaces à réaliser chez vous.
Le ballon de grossesse est votre meilleur allié. Choisissez un diamètre de 55 cm si vous mesurez moins de 1,65 m, ou de 65 cm entre 1,65 m et 1,80 m. Assise au centre, pieds à plat écartés de la largeur des épaules, effectuez de grands cercles lents avec le bassin — dix dans chaque sens —, puis des mouvements en « 8 » (ou en « ∞ ») qui mobilisent toutes les directions articulaires du bassin, et des bascules avant/arrière. Ajoutez également de légers rebonds verticaux sur le ballon, qui activent spécifiquement la mobilité du sacrum. Pratiquez 10 à 15 minutes par jour en combinant l'ensemble de ces variantes. À partir du septième mois, cet exercice favorise la dilatation progressive du col et la descente du bébé. Vous pouvez même remplacer votre chaise de bureau par ce ballon pour rester en mouvement tout au long de la journée — et ces mêmes mouvements seront précieux le jour J pour accompagner les contractions en salle de naissance.
Au-delà du ballon, des mouvements actifs de rotation circulaire de la hanche à 180° favorisent l'effacement du col de l'utérus, tandis que des mouvements de hanche en abduction et rotation externe favorisent la dilatation du col. Ces mouvements sont compatibles avec ceux pratiqués sur le ballon de grossesse et peuvent être utilisés directement en salle de naissance lors du travail actif, dès l'arrivée en maternité. Attention toutefois : ne forcez pas ces mouvements en cas de douleur pelvienne aiguë de type pubalgie ou en cas de présentation fœtale anormale non corrigée.
La position accroupie constitue un autre exercice fondamental. Debout, pieds légèrement plus écartés que la largeur des hanches et orteils orientés vers l'extérieur, descendez en position accroupie en gardant les pieds à plat au sol, en vous tenant au dossier d'une chaise si nécessaire. Placez les mains en prière et poussez les genoux vers l'extérieur avec les coudes. Maintenez la position au moins deux minutes en respirant profondément. Cet exercice renforce les cuisses et ouvre considérablement le bassin.
L'exercice à quatre pattes — les fameuses bascules dos rond / dos creux — est particulièrement précieux. Réalisez deux séries de dix mouvements : inspirez en creusant le dos et en laissant descendre le ventre, puis expirez en arrondissant le dos. Ces bascules soulagent les tensions lombaires et maintiennent la mobilité pelvienne. Elles sont praticables tout au long de la grossesse et même le jour de l'accouchement, entre les contractions.
???? Conseil : Pour compléter l'ostéopathie et entretenir la mobilité du bassin entre les séances, la Méthode De Gasquet — développée par le Dr Bernadette de Gasquet, médecin et professeur de yoga — est une approche de yoga prénatal spécifiquement conçue pour la femme enceinte et reconnue dans le domaine de la périnatalité. Elle peut être pratiquée à partir du 2e trimestre, en cours collectifs ou en pratique individuelle. Veillez cependant à vérifier l'absence de contre-indications obstétricales (placenta bas inséré, menace d'accouchement prématuré) avant de débuter, et à choisir un enseignant formé à la méthode originale.
Enfin, le jour de l'accouchement, un réflexe essentiel : variez absolument les positions. Alternez debout, accroupie, à quatre pattes, sur le côté ou assise sur le ballon. Chaque posture mobilise différemment le bassin et peut faciliter la progression du travail. Évitez de rester allongée sur le dos trop longtemps, car cette position fige le sacrum et réduit les diamètres pelviens disponibles — au détriment direct de la descente de votre bébé. Pensez à jouer consciemment sur la rotation de vos cuisses : la rétroversion du bassin avec les cuisses tournées vers l'extérieur (rotation externe) agrandit le détroit supérieur et facilite l'engagement, tandis que les cuisses en rotation interne ouvrent les détroits moyen et inférieur pour le dégagement. Ce sont des leviers concrets que vous pouvez actionner activement — à condition d'en avoir discuté en amont avec l'équipe obstétricale, notamment si une péridurale dense ou un monitoring continu sont envisagés.
???? À noter : Si vous avez déjà subi une épisiotomie lors d'un précédent accouchement, le suivi ostéopathique prénatal est particulièrement indiqué. Les données de la littérature scientifique montrent des résultats très encourageants sur la réduction du taux d'épisiotomies chez les multipares suivies en ostéopathie. Combiné à l'apprentissage des étirements du périnée enseignés par votre ostéopathe et au massage périnéal à partir du 8e mois, ce suivi maximise vos chances d'accoucher sans épisiotomie.
Si vous êtes enceinte et souhaitez préparer activement votre corps à l'accouchement, le cabinet de Coralie Litzler, ostéopathe à Vernouillet, vous accompagne avec une approche manuelle douce, globale et personnalisée. Spécialisée dans la prise en charge des femmes enceintes, Coralie Litzler propose un suivi adapté à chaque trimestre pour optimiser la mobilité de votre bassin, soulager vos douleurs et vous aider à aborder sereinement le jour J. N'hésitez pas à prendre rendez-vous pour bénéficier d'un bilan complet et d'un accompagnement sur mesure, de la grossesse jusqu'au post-partum.